Suisse : une taxe sur les transitaires divise et pourrait grever les voyages

Berne – Un débat houleux a conduit le Conseil national suisse à approuver une taxe controversée sur les véhicules de transit, une mesure susceptible d'impacter significativement les routages en Europe. La décision, prise le 20 mars 2026, marque un tournant dans la politique routière suisse, suscitant des inquiétudes et des critiques.

Une taxe de 21 francs pour les passages rapides

L'idée, lancée par Marco Chiesa du parti des Verts-Bleus, vise à décourager les conducteurs étrangers utilisant la Suisse comme simple corridor pour des trajets entre l'Allemagne et l'Italie, en particulier durant la haute saison. Cette taxe, d'environ 21 francs par trajet, s'ajouterait à l'autostrade, dont le prix annuel est de 40 à 44 francs. Elle s'appliquerait aux véhicules traversant le pays sans s'y attarder, souvent des voyages d'une journée qui contournent les zones de repos.

Le Conseil national a voté 173 pour, 13 contre et 3 abstenus, suivant une décision sans opposition du Conseil des États en septembre 2025. La responsabilité du projet passe désormais au Conseil fédéral, chargé de transformer cette proposition en projet de loi. Ce dernier pourrait envisager un système de facturation basé sur la distance parcourue et le temps passé en Suisse, avec des tarifs variables selon la congestion et les périodes de l'année.

Objectif : soulager les routes alpins

L'objectif principal est de réduire la saturation des routes de montagne suisses, notamment le col du Gotthard et le col de San Bernardino. Les données de l'Office fédéral de la statistique révèlent que près de 30% des voyageurs traversent les Alpes sans s'arrêter en Suisse. La plupart de ces déplacements (environ 90%) sont liés au tourisme, et les week-ends sont particulièrement touchés par les embouteillages, avec des files de voitures s'étendant sur des kilomètres. Cette situation engendre des nuisances sonores, une dégradation de la qualité de l'air et un impact sur l'écosystème alpin.

La nouvelle taxe pourrait inciter les conducteurs à privilégier le train, bien que ce ne soit pas une solution universelle. Les revenus générés par cette taxe pourraient atteindre plus de 11 millions de francs par an, destinés à l'entretien des routes et des transports urbains.

Défis d'implémentation et enjeux constitutionnels

L'implémentation de cette mesure se heurte à des défis importants. Le Conseil fédéral doit élaborer un plan détaillé concernant l'automatisation de l'enregistrement et du paiement des véhicules. Le suivi de chaque passage aux frontières soulève des questions de confidentialité des données. De plus, la Constitution suisse, qui garantit l'accès libre aux autoroutes, pourrait nécessiter une modification constitutionnelle, potentiellement soumise à un référendum national. Les règles relatives au transport de marchandises et aux voyages transfrontaliers doivent également être harmonisées avec celles de l'Union européenne.

La définition de ce qui constitue un transit est un point de friction. Même les courtes pauses pourraient entraîner des exemptions de la taxe, ce qui pourrait compliquer les relations avec les pays membres de l'UE. Les obstacles politiques se sont déjà manifestés avec l'échec de projets de taxes spécifiques au Gotthard l'année dernière.

Réactions et perspectives

La proposition a suscité des réactions mitigées. Les partis de droite, comme les Verts-Bleus, soutiennent la mesure pour soulager les régions alpines et améliorer les conditions de vie en Suisse. Les Verts Liberals, eux, s'opposent au projet, craignant des difficultés d'application, des coûts de gestion élevés et un transfert de la responsabilité sur les touristes internationaux. La taxe pourrait modifier radicalement la manière dont les conducteurs étrangers sont facturés pour l'utilisation des routes suisses, en passant d'un paiement unique à un système basé sur la distance parcourue. Cette évolution pourrait rendre les déplacements entre pays plus coûteux.

La décision du Conseil national souligne une volonté de répondre à la pression croissante sur les infrastructures routières suisses. Mais la question reste de savoir si cette taxe sera suffisante pour résoudre le problème de la saturation des routes de montagne, ou si elle ne fera qu'ajouter une contrainte supplémentaire aux voyageurs.

La Suisse s'apprête à une transformation de sa politique routière qui pourrait avoir des répercussions profondes sur le tourisme et le commerce transfrontalier. Le prix du voyage pourrait bien augmenter, et la fluidité des routes alpines est loin d'être garantie.