Hôtellerie européenne : les investisseurs maintiennent le cap malgré les défis
Le marché hôtelier européen, loin d'être en berne, affiche une résilience surprenante. Alors que l'incertitude économique plane, 86% des investisseurs envisagent de maintenir, voire d'augmenter, leurs dépenses dans le secteur d'ici 2026. Une statistique révélée par la dernière édition du rapport Cushman & Wakefield, fruit d'une analyse approfondie des stratégies de 74 acteurs majeurs, allant des fonds de private equity aux véhicules d'investissement institutionnels.
Une confiance sélective, mais affirmée
Depuis 2020, ces investisseurs ont injecté près de 18 milliards d'euros dans les actifs hôteliers du continent, témoignant d'un engagement continu. Certes, les stratégies ont été ajustées face aux turbulences économiques, mais l'activité globale reste dynamique. Une majorité (58%) prévoit d'accroître leurs volumes d'investissement cette année, avec plus de la moitié se positionnant comme acheteurs nets – c'est-à-dire, acquérant plus d'actifs qu'ils n'en cèdent.
Le vent du changement souffle cependant. Les exigences de rendement ont grimpé en flèche, atteignant 15,6% contre 13,6% l'année précédente, reflétant une prudence accrue face aux conditions de crédit. La discipline financière est désormais la règle. Les experts pointent du doigt une convergence vers des stratégies “core-to-core”, une approche où les hôtels sont repositionnés de manière ciblée, rappelant les tendances observées dans le secteur des bureaux.

Le sud de l'europe en pole position
Si le DACH (Allemagne, Autriche, Suisse) conserve son statut de valeur refuge à long terme, c'est le Sud de l'Europe qui attire le plus l'attention. L'Italie et la péninsule ibérique séduisent 78% des investisseurs, tandis que la France suscite l'intérêt de 60%. Une dynamique qui témoigne d'une redécouverte du potentiel méditerranéen. La Grande-Bretagne et l'Irlande, quant à elles, gagnent du terrain.
Les grandes villes européennes restent des plaques tournantes, avec Milan, Madrid, Rome, Londres et Paris figurant parmi les destinations privilégiées. Des villes comme Budapest, Nice, Cannes, Berlin et Munich ont vu leur attractivité s'amplifier, élargissant le champ des possibles au-delà des centres traditionnels.

Esg et ia : les nouveaux moteurs de la valeur
L'un des trois investisseurs interrogés s'inquiète désormais du retour sur investissement dans l'hôtellerie, un signe de la pression croissante. Les coûts de construction, cités par 70% des acteurs du secteur, représentent un défi majeur. Mais la durabilité est devenue un facteur déterminant de la valorisation : les propriétés certifiées ESG se vendent en moyenne avec une prime de 4,3%.
Et l'intelligence artificielle ? 81% des investisseurs s'attendent à ce qu'elle transforme radicalement le marché hôtelier d'ici 2030. Jon Hubbard, responsable Hospitality EMEA chez Cushman & Wakefield, souligne que ce qui semblait futuriste n'est plus qu'une réalité qui guide les décisions d'investissement. Les entreprises agissent désormais avant même que les progrès ne se concrétisent pleinement. “Les investisseurs européens dans l'hôtellerie entament 2026 avec une confiance renouvelée et des priorités claires : déployer davantage de capitaux, mais avec une sélectivité accrue”, résume Hubbard.

Le luxe et le haut de gamme à l'honneur
Les segments haut de gamme et de luxe captent l'attention de 81% et 69% des investisseurs respectivement. L'accent est désormais mis sur l'amélioration des pratiques de gestion plutôt que sur des gains rapides, privilégiant la résilience à long terme grâce à des opérations plus vertes et une intégration numérique accrue. Le marché hôtelier européen, malgré ses défis, se prépare à une période de transactions stables, portées par cette stratégie pragmatique.
