Dubrovnik : quand le tourisme menace l'âme d'une ville méditerranéenne

Dubrovnik, de king's landing à ville fantôme ?

Dubrovnik, cette perle de la côte dalmate, a connu une transformation spectaculaire depuis son apparition en tant que King's Landing dans la série Game of Thrones. En 2014, les tournages des célèbres scènes, comme la fameuse « marche de la honte » de Cersei Lannister sur les marches des Jésuites, ont propulsé la ville sur la scène internationale. Mais cette renommée a un prix, et Dubrovnik se retrouve aujourd'hui confrontée à un dilemme complexe : comment concilier prospérité économique et préservation de son identité locale ?

Le tourisme de masse : un déclic vers la saturation

Le tourisme de masse : un déclic vers la saturation

L'afflux massif de touristes a profondément modifié le visage de la ville. En été, l'atmosphère est souvent décrite comme celle d'un parc d'attractions, avec des foules omniprésentes qui envahissent chaque recoin de la Vieille Ville. Les prix ont flambé, rendant la vie quotidienne difficile pour les résidents. Les conversations spontanées, les échanges entre voisins, les débats quotidiens – autant d'éléments qui définissaient autrefois le tissu social de Dubrovnik, semblent s'estomper. La ville est désormais perçue comme un musée à ciel ouvert, où les souvenirs de Game of Thrones ont remplacé l'histoire des poètes, des ingénieurs et des diplomates qui ont façonné sa grandeur.

Un impact économique colossal, mais.

Un impact économique colossal, mais.

L'économie croate bénéficie indéniablement de ce tourisme de masse. Le secteur représente environ 20 % du PIB, soit le double de l'Italie. En 2025, le pays a accueilli plus de 21,8 millions de touristes, générant plus de 110 millions de nuitées. Cela représente un ratio de 5 touristes pour 3,8 millions d'habitants, un chiffre supérieur à celui de l'Espagne. Les revenus générés par les visiteurs étrangers ont doublé depuis 2016, et la croissance se poursuit. Cependant, cette réussite économique est de plus en plus remise en question.

La hausse des prix immobiliers : un fardeau pour les locaux

L'explosion du marché immobilier est l'une des conséquences les plus préoccupantes de ce tourisme de masse. Les locations à court terme, notamment via des plateformes comme Airbnb, ont entraîné une flambée des prix des logements. Les professionnels comme les médecins, les enseignants et les pompiers ont du mal à se loger à Dubrovnik, Split ou Zadar. L'inflation est également élevée, atteignant 4,3 % en novembre 2025, un chiffre supérieur à la moyenne de la zone euro, ce qui rend la vie plus difficile pour les habitants.

Des mesures pour rétablir l'équilibre

Conscients des enjeux, les autorités croates ont mis en place une série de mesures pour tenter de maîtriser les effets négatifs du tourisme de masse. L'accent est mis sur la qualité du tourisme plutôt que sur la quantité. Plusieurs initiatives sont déployées :

  • Réglementation stricte des locations à court terme : La Loi sur l'Hébergement, entrée en vigueur en 2025, distingue les hôtes familiaux des entreprises commerciales, exigeant un enregistrement rigoureux et des taxes plus élevées. Les propriétaires doivent obtenir le consentement de leurs voisins dans les immeubles d'appartements, ce qui les incite à privilégier les locations à long terme.
  • Contrôle des flux touristiques : Seules deux croisières peuvent arriver simultanément à Dubrovnik, et un maximum de 4 000 passagers peuvent accéder à la Vieille Ville à la fois. Les navires doivent rester au moins 8 heures et 12 heures s'ils transportent plus de 4 000 personnes.
  • Gestion des visiteurs : Les réservations en ligne sont désormais obligatoires pour accéder aux remparts de la ville.
  • Campagne « Respecte la Ville » : Une campagne de sensibilisation vise à encourager les touristes à adopter un comportement respectueux de l'environnement et du patrimoine local.
  • Construction de logements pour les jeunes familles : Des projets de construction de logements sociaux sont en cours dans les banlieues.

Un défi complexe pour l'avenir de dubrovnik

En 2025, le nombre de lits touristiques privés a diminué de plus de 2 000 pendant la haute saison par rapport à l'année précédente. Entre 3 000 et 3 600 propriétaires ont opté pour des locations à long terme, et les contrats à long terme ont augmenté d'environ 11 à 14 %. Des mesures de contrôle des navires de croisière ont également été mises en place, limitant le nombre d'arrivées simultanées et le nombre de passagers autorisés à accéder à la Vieille Ville. Ces efforts semblent porter leurs fruits, mais la tâche reste ardue. La question fondamentale est de savoir si ces initiatives suffiront à rétablir l'équilibre entre les besoins des touristes et ceux des habitants.

L'expérience de dubrovnik : un modèle pour le monde ?

La ville de Dubrovnik est à la croisée des chemins. L'enjeu est de transformer Dubrovnik en un lieu de vie dynamique et authentique, plutôt qu'en un simple décor touristique. La Croatie doit trouver un équilibre délicat entre croissance économique et respect des besoins de ses habitants. L'expérience de Dubrovnik offre des leçons précieuses pour d'autres destinations touristiques confrontées aux mêmes défis. La capacité de Dubrovnik à se réinventer déterminera si elle parvient à retrouver son âme et à offrir un avenir durable à ses habitants.